Ironman Cozumel - Récit de Pierre-Yves Gigou

L’avant course : 

La pression monte. Préparation méticuleuse des différents sacs (ravitos, transitions), derniers réglages mécaniques, pose de nouveaux boyaux (tufo élite jet!!!), petites activations dans les différents sports pour s’assurer que la machine est bien rodée, dépôt du vélo à T1...   Comme à son habitude, Gilles était dans un grand jour, multipliant les boutades et les jokes pour détendre l’atmosphère (ou se détendre lui même?). Après une nuit agitée: le réveil ... ou plutôt: Gilles qui tambourine à la porte, me tire d’un rêve douteux, dans lequel je pars dans une mission assez complexe, vêtu d’une armure et armé jusqu’aux dents, ou évidemment la première section est la traversée d’une rivière pour pouvoir ensuite récupérer mon fidèle destrier... «nous, les nains, sommes des sprinteurs... redoutables sur les courtes distances....». Finalement je reviens à la réalité, saute dans ma trifonction, et, après un déjeuner rapide, je monte dans le bus qui nous emmène à Chankanaab (T1)

Natation : 

Les eaux limpides de la mer des Caraïbes sont un terrain de jeux fantastique! J’ai pris beaucoup de plaisir sur la partie natation. Un départ rapide m’a permis de m’extraire de la masse assez rapidement, d’éviter les coups et de parcourir les 600 premiers mètre bien au chaud dans un petit groupe. Je décide ensuite de me laisser décrocher pour m’économiser (la journée s’annonce longue). Une triathlète me rattrape. Elle a un pace plus rapide que le mien, mais très régulier, et évite les nageurs éparpillés un peu partout. Je décide de prendre sa draft en me collant au niveau de sa hanche. La draft est super, et mon poisson pilote me fait parcourir les 1500m qui nous emmène au demi tour. Les bras vont super bien. Nous rejoignons le pack que j’avais initialement délaissé au niveau de cette bouée. Je me cale dans les pieds et me faufile peu à peu en tête de pack. Ça va bien mon affaire. À la sortie de l’eau je me sens bien. Voilà une belle journée qui commence : 55’ soit 2’ de mieux que mon pronostic, surtout grâce à une excellente tactique de course, où je suis resté 99% du temps caché dans des pieds.

Vélo : 

J’avais décidé de partir fort sur les 2 premiers tours et de récupérer sur le 3e. J’ai donc fait le 1er tout à 38km/h, puis des douleurs m’ont cisaillé les fessiers (contracture du pyriforme) et je me suis vu: allongé sur le dos et incapable de bouger comme au 70.3 de Eagleman. J’ai donc fait les 2 derniers tours les mains sur les cocottes, et donc un peu moins vite (36,5 au 2e). Sur le dernier tour le vent a aumenté et le mercure à encore monté.  J’ai décidé de ralentir encore et de finir à 35km/h car je sais que je tolère mal la chaleur, surtout lorsque la plupart des mes entraînements de vélo du dernier mois se faisaient par 3° à 7°C ! Du coup j'ai fait 4h57 en vélo, soit 36,8 km/h. 

Course : 

Après une transition difficile (je n’arrive pas à faire mes lacets car les ischios crampent) je parviens à m’extraire de la transition (j’en oublie d’enlever mon cuissard) et à prendre un bon rythme. Je passe au demi marathon en 1h37. Il me reste 1 tour et demi lorsque la course commence vraiment. Ça crampe de partout. J’essaie de ne pas m’arrêter mais finalement la chaleur est telle que je décide de marcher aux ravitos. Je vois des pros à l’agonie un peu partout : ça marche, ça abandonne.... ça soufre... je ralenti encore, un peu par prudence, mais surtout par obligation car la machine surchauffe. Les crampes se font de plus en plus fréquentes. Après mon 2e tour je suis contraint à marcher 4-5 minutes. J’accélère un peu dès qu’il y a une section ombragée (rares) et je met des glaçons dans ma casquette à chaque ravito. Finalement, au 32eme km je retrouve des jambes et le soleil est déjà plus bas.  Je reprends une bonne allure. À 7km de l’arrivée (9h à ma montre) je m'aperçois que si j’accélère un peu je peu faire 9h30. Alors je décide de prendre le risque et j’ouvre la machine. Le GPS affiche 14km/h! Mais après 4km j’explose complètement. La tête tourne. Je titube et marche tout croche, tapant même parfois contre le trottoir. Je marche peut-être 5 minutes comme ça avant de réussir à repartir en jog. Ça crampe de partout et intérieurement je me maudit d’avoir était trop ambitieux. Je dois m’arrêter régulièrement pour m'étirer. Un dernier sursaut d'orgueil me permet de finir en sprint avant de m’écrouler. 9h40, soit 5min de mieux que voulu. Non seulement j’ai puisé dans mes dernières réserves et donné mon 100% comme jamais, mais cela me permet de gagner mon groupe d’âge, et donc de me qualifier pour Hawaii! Objectif accompli! 

Pierre-Yves


Pierre-Yves est l'entraîneur général du club de triathlon de Sherbrooke depuis 2 ans.
Vous trouverez plus de détails de Pierre-Yves sur son site web: http://web.me.com/physio2/
ou sur le site du CTS ici