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Faire sortir le méchant?

January 25, 2018

Inspirée par mon état actuel sans doute, je me pose la question que tout sportif se pose la larme à l'oeil et la goutte au nez: dois-je aller m'entrainer ou serais-je mieux de rester sous la couette? La réponse qui suit bien souvent est "Bahh, on va aller faire sortir le méchant!"... Mais, d'où vient cette expression exactement? Quelle est la pertinence scientifique d'une telle affirmation? J'ai donc décidé de me pencher sur ce que dit la recherche à propos du méchant, et de l'efficacité d'une séance bien intense pour le faire sortir.

Le méchant doit sortir...

D'abord c'est qui le méchant? Le virus du rhume? Le streptocoque qui vous brûle la gorge? On a l'impression que le méchant "sort" parce qu'on mouche, qu'on sue et que des fluides plus ou moins identifiés quittent notre corps. Penser que suer plus ou moucher plus nous aidera à nous débarrasser de l'intrus est bien mal connaitre la biologie. Je vous épargne le cours, mais juste à savoir que le virus se multiplie à l'intérieur de vos cellules et non en dehors. Donc ce qui sort c'est ni plus ni moins que des débris de cellules, des fluides sécrétés par votre vous-même pour conduire les fameux débris vers la sortie. Oh, oui il y a bien quelques virus qui partent avec, mais ce n'est qu'une toute petite pointe d'iceberg comparé à ce qui se multiplie en-dedans! Mais alors, me direz-vous, c'est insoluble si tout reste en dedans et ne sort qu'une toute petite fraction... comment se fait-il que ça s'arrête à un moment donné? He bien c'est grâce à notre meilleur allié, notre système immunitaire qui, lui, va détruire l'intrus.

 

C'est la lutte-eeeeeu finaaale-eeeeu... excusez, vieille chanson française à chanter le poing levé 

Si on a tout suivi, faire sortir le méchant ne sert à rien, mieux vaudrait appeler le système immunitaire et lui demander de rapliquer dare-dare. Alors, est-ce qu'aller m'entrainer pourrait aider l'ami à se pointer? Est-ce qu'en faisant des push-ups je vais muscler mon système lui aussi? Pouet-pouet-pouet, je vous arrête tout de suite, c'est tout le contraire. Votre système immunitaire a un un ennemi... THE ennemy inside... le cortisol!

 

Kosséssa, le cortisol?

Le cortisol est une hormone sécrétée normalement par le système endocrinien, sur un rythme de 24 heures. À son plus bas vers minuit, le cortisol est produit et relaché progressivement dans le sang pour atteindre un pic un peu avant le lever. La sécrétion diminue ensuite au cours de la journée pour redevenir minimale à minuit... et ainsi de suite, c'est indispensable à notre survie. Tout comme le long fleuve tranquille, du matin jusqu'au soir la descente du cortisol se déroulera sans encombre... jusqu'à ce qu'il se passe quelque chose: un rendez-vous manqué, un porte-monnaie égaré, un accrochage d'auto... ou une séance d'intervalles, tout ce qui représente un stress pour l'organisme fera remonter le cortisol qui s'en allait pépère vers ground zéro. Et remonter pas qu'un peu! Un pic semblable à celui du matin... 

 

Entrainement et cortisol, que dit la science? 

C'était suspecté déjà depuis plusieurs années et c'est maintenant relativement bien documenté, quoique les études ne soient pas toutes équivalentes en terme de qualité. On peut cependant s'accorder sur le fait que l'exercice physique - surtout en intensité - provoque un pic de sécrétion de cortisol (Source 1Source 2). On comprend aisément que l'exercice physique correspond à une pertubation momentannée de l'équilibre interne (homéostasie), qui nécessite des adaptations rapides (changement de rythme cardiaque par exemple) et à plus long terme (fabrication de masse musculaire, synthèse d'enzymes pour se débarrasser des déchets produits par l'organisme). Ces perturbations entrent parfaitement dans la définition de ce qu'est un stress, et le cortisol est là pour aider aux adaptations. Les taux de cortisol sont d'ailleurs plus élevés chez les athlètes bien entrainés que chez les sujets simplement actifs; le retour à des taux "normaux" est d'ailleurs un marqueur de surentrainement chez l'athlète (Source). Le pic induit par l'exercice est malgré tout moins fort entre la première fois qu'on s'entraine et les fois subséquentes, si elles ne sont pas trop espacées (Source). 

 

Le Cortisol est-il l'ami du méchant?

Le hic, c'est là qu'il se trouve. Le cortisol c'est l'hormone de l'adaptation. C'est ce qui fait qu'on a survécu aux attaques de léopards et à la guerre de cent ans. Et quand le corps doit s'adapter à la fuite ou à la bagarre (fight or flight), eh bien il choisit ses batailles. Et les deux premières batailles qui prennent le bord ce sont les choses non-immédiatement essentielles, soit le système immunitaire et le système reproducteur. Alors si vous voulez mettre une claque à vos défenses et aider le méchant à prendre ses aises chez vous, eh bien allez vous entrainer!

 

Nager est moins stressant que courir...eh bien!

Mettre des souris dans l'eau, alors qu'elles savent naturellement beaucoup mieux nager que la plupart d'entre nous, est un modèle expérimental bien établi pour l'induction de stress. On peut comprendre qu'il en soit ainsi pour les animaux dépourvus de branchies, dont l'humain fait partie. Cependant, selon cette étude, il semble en aller autrement pour le sujet entrainé: l'augmentation de cortisol était significativement plus importante après un entrainement de course à pied qu'après un entrainement de natation. La claque au système immunitaire serait donc moins dommageable si vous allez nager que si vous allez courir... on ne parle pas ici du stress de vos partenaires de couloir qui, eux, auront plus de risques d'entrer en contact avec vos fluides corporels que si vous allez courir!

 

Conclusion: faire sortir le méchant ou le laisser en-dedans?

Bon tout ce que je vous ai écrit ici est un petit résumé de quelques études dont les résultats peuvent varier en fonction du nombre de sujets et du modèle expérimental choisi (athlètes vs non-athlètes, différents sports, etc...). Donc rien n'est absolument coulé dans le béton en cette matière. Mais si vous comprenez un peu la logique du stress (physique, métabolique) imposé à votre organisme à l'entrainement, des processus d'adaptation qui s'ensuivent (cortisol, réparation), vous comprendrez sans doute qu'une journée de repos sera bien plus efficace à faire sortir le méchant qu'un entrainement. Pis si vous y allez pareil, essayez de ne pas contaminer les autres, sinon c'est vous qui serez le méchant de cette histoire!

 

*L'auteur est professeur de biologie cellulaire à l'université Bishops et détient un PhD en biologie cellulaire - endocrinologie.

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